On s’en vient, ce sera pas long
Posted by Laurent Redondo Sanchez | Filed under Voyages
Il n’y a pas forcément d’appréhension. Le Canada est un pays qui ne porte pas de dangers. Le Québec parle notre langue. Pourtant, changer de continent impressionne. En fait, je crois plutôt que c’est la réaction des gens à l’annonce de mon voyage outre-Atlantique qui m’a frappé. L’admiration, presque une contemplation face à ce qui n’est autre que quelques jours de repos au loin. Certains ont probablement pensé au prix du voyage. Moi aussi. D’autres ont songé à la durée du vol. Egalement. Les derniers ont rêvé de ces vastes terres de nature encore vierge. Bien entendu. J’ai largement anticipé ces deux semaines d’absence en Belgique. Ne sera-t-il pas trop occupé pour alimenter le blog ? Que se passera-t-il sans moi ?
Ils parlent le français. Leur français. Breuvage, trio, foufoune, char, liqueur. Les expressions régionales pleuvent et assomment. Nous sommes désarmés. L’angoisse qui apparait lorsqu’il faut s’exprimer en langue étrangère est désormais présente mais elle s’installe cette fois face à des gens qui utilisent les mêmes codes que moi. La distance d’un océan donne des couleurs.
On voit Montréal en voiture. Notre motel est à une soixantaine de kilomètres, raisons pratiques. L’autoroute appelle des mémoires espagnoles. La ressemblance n’est pourtant pas flagrante, loin de là. Ce sont des sentiments. La solitude, la nature, l’activité économique qu’a créé la voie de communication, les longues distances, les camions pressés. Sainte-Hyacinte, 4 prochaines sorties.
Ces Québécois nous accueillent. On nous mène au motel. Petit, propre, confortable. L’excitation de la découverte se mélange avec l’appréhension. L’oreille se fiche pas mal que l’accent et les expressions nous conduisent à l’erreur. En fermant la porte de la chambre, on ne peut empêcher les éclats de rire. Ils dureront tout le séjour. Les clichés, cette fois, ont la fâcheuse tendance de se vérifier.
On finira par visiter Toronto et sa tour si élevée, Montréal et ses sex-shops, Québec et ses fortifications. Tout cela manque de caractère, d’histoire. L’Européen veut toujours voir des vieilles pierres, des vestiges, des coutumes, des accoutrements ridicules, des Romains qui s’empoignèrent. Le château de Frontenac à Québec (la plus belle pièce d’histoire) a pris naissance un peu avant 1900. Alors, pour nous intéresser, on nous raconte comment les Européens sont arrivés et comment ils ont installé leurs campements. Jacques Cartier est monté sur le Mont Royal et a décidé que le paysage était superbe. C’est devenu Montréal. Nous sommes monté sur ce Mont Royal. Il n’y avait pas une terrasse extérieure pour prendre une bière et une casserole de moules frites. Nous étions déçus, nous avons descendus et avons conclu que nous avions finalement de la Belgitude dans le ventre. Sans imaginer que nous soyons de piètres touristes.
Reste les chutes du Niagara. Immanquables. Mais là aussi l’Européen s’offusque. Comment a-t-on pu construire un clone de Disneyland à côté d’un paysage si magnifique ? Car oui, l’attraction première de Niagara Falls, ce sont des manèges. Et puis ensuite, éventuellement, un peu d’eau. La démonstration est cinglante. Nous avions oublié que le continent est porté sur le billet vert. Les prix sont indiqués sans taxes et sans pourboire. Excellent retour du calcul mental. Est-ce que mon téléphone n’a pas une calculatrice ?
Le Canada est une découverte physiquement décevante. Les villes et principales attractions touristiques ne feront pas chavirer le cœur du Vieux Continent. La nature, elle, est identique, en nettement plus grand. A moins de s’envoler loin au nord. Nous n’avons pas le temps.
Alors qui peut bien peupler ces terres si fraichement remuées ? Le Québécois est chaleureux. C’est ce qui caractérise le principal attrait de la région. L’échange social est intéressant, enrichissant. Ici, on ne traine pas des siècles d’histoire à son pied. Pour peu, on dirait des Liégeois. L’alcoolisme en moins. Ces gens, libérés de toute considération historique, se sentent plus légers, plus aptes à prendre des décisions efficaces, moins assoiffés de pouvoir, naturellement. Ils ont l’histoire à écrire et pas à relire. Ils n’ont pas le loisir de se reposer et d’admirer un passé glorieux entaché de tant de guerres.
La vision de l’aéroport de Montréal me fait penser indéniablement à Belgique Mobile. L’iPhone est sorti. J’étais si loin. Si proche. Tout s’est bien déroulé. Admirablement même. Je respire. Je suis fatigué, le décalage horaire est un monstre, mes jambes sont lourdes. Un tournant, si attendu et trop souvent inespéré, s’annonce. Je trouve la force de courir.
Tags: Canada
One Response to “On s’en vient, ce sera pas long”
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Tica Says:
août 4th, 2008 at 18:41Certes oui.